Lors du premier conflit mondial 116,500 américains ont laissé leur vie sur le territoire européen et d’un corps expéditionnaire canadien de 650,000 hommes (10% de la population d’alors) 66,000 jeunes ont fait de même. Ils venaient à la rescousse d’une Europe en péril mais aussi au secours de la liberté et de la démocratie en danger.
Pour le second conflit mondial, 1 millions de soldats canadiens, soit 9% de la population ont, à l’image de leurs parents, refranchi l’Atlantique. 45,000 d’entre eux peuplent aujourd’hui les cimetières de France et d’ailleurs comme 250,000 jeunes américains.
Dans les deux cas ces deux nations, majoritairement issues de populations européennes n’ont pas hésité, au risque de leur vie à venir non seulement en renfort de peuples agressés par des fous sanguinaires mais aussi au secours des valeurs qui au long de deux millénaires ont forgé la Société occidentale, valeurs que nous partagions alors des deux cotés de l’Atlantique.
Aujourd’hui, un mégalomane chronique au pouvoir à Moscou tente depuis plus de dix ans, sous couvert d’une idéologie impérialiste de reconstituer l’empire soviétique. Il s’y est pris, dans un premier temps à l’Ukraine mais il est clair que sa haine non dissimulée pour l’Europe le conduira à s’en prendre très vite au reste du continent, à commencer par les Pays Baltes, le Finlande, la Pologne, la Moldavie, la Hongrie, la Roumanie, les pays de l’ex Yougoslavie, etc.. et dès lors qu’il sera parvenu à ses fins, aucune raison ne pourra l’empêcher de poursuivre vers l’Ouest.
Au jourd’hui encore, le peuple ukrainien, exemplaire, se bat courageusement pour entraver la marche assassine et dévastatrice des hordes russes. Certes ils ont reçu jusqu’à maintenant des aides limitées en matériel mais ce combat demeure très inégal et David manque encore de beaucoup de frondes pour vaincre Goliath. Et surtout, depuis l’arrivée à Washington d’un Président imprévisible, erratique, qui fait à peu près n’importe quoi et son contraire le lendemain (TACO) un Président qui prétendait résoudre le problème en 24 heures et qui depuis bientôt six mois ne fait que jeter de l’huile sur le feu, il est clair que l’Europe en général et l’Ukraine en particulier ne peuvent plus compter sur l’aide indéfectible d’une Amérique qui est devenue l’Alliée de fait d’un état voyou. L’histoire jugera, à n’en pas douter, de la trahison américaine et il est probable que ce pays qui aura été, un temps, la nation la plus puissante du monde va payer très cher ce retournement d’alliance.
Ce qui est certain, c’est que sans la participation active et engagée de l’Amérique, l’OTAN n’a plus aucun sens et, d’une certaine façon, Poutine a déjà gagné sur ce point. On ne s’étonnera donc pas que certains pays européens tentent de trouver une solution pour empêcher Poutine de devenir aussi dangereux qu’Hitler. Pendant près d’un siècle l’Europe a cru pouvoir compter sur le parapluie américain et s’est clairement endormie en ce qui concerne sa volonté sécuritaire, ses investissements en matière de défense (quand investissements il y avait), étaient généralement effectués au profit de l’appareil militaro-industriel américain et au préjudice donc d’un développement européen de l’industrie en question.
Et pourtant, faisons un peu le point sur la réalité des choses.
Tout d’abord, l’Europe est susceptible de représenter un bloc important. C’est le premier marché mondial mais c’est aussi une population de 671 millions (hors Russie et Biélorussie) dont 450 pour l’Union Européenne, soit deux fois la population des Etats Unis. Si de par sa constitution l’UE n’a pas jugé bon d’instituer une défense commune qui aurait fait double emploi avec l’OTAN, ces pays ne sont pas pour autant désarmés.
| PAYS | ACTIFS | RÉSERVISTES |
| Allemagne | 181 000 | 33 000 |
| France | 200 000 | 41 000 |
| Pologne | 202 000 | ? |
| Italie | 165 000 | 18 000 |
| Espagne | 133 000 | 15 000 |
| Grèce | 142 000 | ? |
| Royaume Uni | 156 000 | 44 000 |
Les 7 principaux pays que sont l’Allemagne, la France, La Pologne, l’Italie, l’Espagne, la Grèce auxquels on adjoint le Royaume Uni disposent d’1 200 000 militaires professionnels d’active et de 136 000 réservistes entrainés.
En outre, les autres pays de l’Union à l’exception des pays pro-russes comme la Hongrie, par exemple, mais incluant des pays très engagés comme les pays baltes, la Finlande, la Suède, les Pays Bas, la Belgique, le Portugal, etc… disposent de 248 000 professionnels d’active et rien de moins que 1 324 777 Réservistes !
A cela, il convient de se remémorer que l’Ukraine dispose sur le terrain de la première armée d’Europe avec 900 000 hommes d’active.
L’ensemble du potentiel militaire européen actuellement est donc d’environ 2 350 000 homme avec une réserve entrainée d’un million et demi. Il est clair qu’en cas de conflit ces chiffres seraient à revoir à la hausse.
Russie et Biélorussie ont une population de 163 millions d’habitants et une armée d’active d’un peu moins de 2 millions d’hommes dont 330,000 se trouvent engagés sur le front ukrainien.
On peut donc dire que sur le plan militaire le « bloc européen » balance avantageusement les forces russes et il faudra bien qu’un jour, à l’image des Américains et des Canadiens lord des deux guerres mondiales, des forces européennes arrivent sur le terrain pour garantir aux Ukrainiens une sécurité qu’ils auront vraiment méritée
Le problème c’est que pour l’instant, il n’y a pas de « bloc européen ». L’Union Européenne n’est en réalité qu’un Marché Commun évolué qui soit dit en passant s’est progressivement empêtré dans les rouages d’une bureaucratie réglementaire gigantesque qui bloque toutes les initiatives et entrave le développement. La conséquence c’est qu’en réaction les nationalismes fleurissent un peu partout et deviennent clairement les adversaires de toute forme d’Union. Et c’est précisément ce que recherchent à la fois les Russes et l’administration actuelle des Etats-Unis.
Il est passionnant d’étudier la similitude des positions russes et américaine à l’égard de l’Europe au travers des propose d’un J.D Vance à Munich et d’un Sergueï Karaganov, le Maître à penser de Vladimir Poutine. Les deux haïssent l’Union Européenne et ont des discours très similaires (à l’exception, peut-être, du positionnement sur l’arme nucléaire dont Karaganov recommande sans cesse l’utilisation).
Mais la différence c’est que les Russes ne veulent pas d’un bloc militaire qui viendrait entraver leurs projets diaboliques alors que l’administration Trump ne veut pas d’un bloc économique qui entrave les siens. Ils utilisent le même vocabulaire, défendent les mêmes stratégies et professent les mêmes aberrations. En particulier les deux veulent pouvoir traiter pays par pays afin de mieux manipuler les dirigeants et de contrôler leurs régimes ce que, de toute évidence, ils ne pourraient pas faire avec un bloc dont le poids serait supérieur à l’un comme à l’autre. Mais leurs objectifs sont définitivement différents.
Il est clair que si les Russes et les Américains ne veulent pas d’une Union Européenne pour les raisons évoquées ci-dessus, c’est donc que les uns comme les autres redoutent la réalité d’une Europe réellement unie et donc qu’il est vital pour l’Europe que le bloc devienne cette réalité. D’ailleurs il n’y a d’avenir dans le monde de demain pour les pays hors bloc que de se retrouver vassalisés et donc marginalisés.
Un bloc européen ne signifie pas que les composantes nationales doivent disparaître chaque pays doit rester maître de ses décisions en matière de Culture, d’éducation, de santé, d’environnement, de justice, de commerce intérieur, de l’Industrie, des Infrastructures et d’une façon générale de tout ce qui concerne le Citoyen, Mais les Affaires Étrangères, la Défense et le Commerce International doivent être gérés communément et demeurer sous le contrôle du législateur européen.
Ce n’est qu’à ce titre que l’Europe sera respectée autant à l’Est qu’à l’Ouest. Le défilé des dirigeants européens dans le bureau ovale a quelque chose de pathétique. Il n’est que de voir avec quel mépris chacun d’entre eux a été traité depuis la mise en place de la nouvelle administration à Washington. Les blocs ne respectent que les blocs.
Toutes proportions gardées, l’exemple du Canada est intéressant. Le fédéral n’a conservé que le régalien et l’harmonisation de certaines politiques provinciales. Tout le reste est géré de plein droit par les Provinces qui sont de véritables états (l’Ontario a la population des Pays Bas, le Québec celle du Portugal, etc…) Résultat, face à la guerre économique intentée par Trump contre son voisin du Nord, le Canada a su relever la tête et imposer des contre-tarifs que l’Europe n’a pas cru pouvoir imposer aux importations américaines.
Puisse ce nouveau blog concourir à une saine évolution des relations entre les pays de l’Atlantique nord et faire en sorte que demain, la vieille Europe se réveille … enfin.
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