Opinions TransAtlantique-Nord (O.T.A.N)

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Un article paru le 21 juin dans LE DEVOIR sous la plume de Caroline Montpetit fait état de la démarche de deux « linguistes », Isabelle Marcoux et Emmanuelle Beaulieu-Hanfield qui sont parties en croisade pour la déconstruction du Français normatif.

« Il n’y a pas d’erreur en Français oral » prétendent ces dames, laissant entendre qu’on peut dire à peu près n’importe quoi n’importe comment, que la langue se transmet par l’oral et non par l’écrit et donc que la véracité de la langue est assumée par le langage parlé et non par l’écrit. Ce qui est complètement faux : « Les paroles s’envolent et les écrits restent ».

La théorie défendue à pour objectif de justifier un certain nombre de Québéquismes. C’est ainsi qu’on devrait considérer comme juste et sans appel des expressions comme : « Ça l’a bien été », « Quand qu’on va y aller », « Tant qu’à moi » (au lieu de Quant à moi). « Chu-t-allé » (au lieu de « Je suis allé ») qui devient d’ailleurs « Chtallé » et qui entraine, par exemple « Tétallé », etc…

Une langue vivante doit pouvoir évoluer (précisément parce qu’elle est vivante) C’est ainsi qu’au Québec le vocabulaire a su soit garder des centaines expressions perdues en France ou même parfois dévoyées dans l’hexagone (comme « achalandé » par exemple) et employées à juste titre au Québec, soit inventer, également par centaines, des termes qui permettent, par exemple, de contourner des anglicismes ou d’ajouter de la précision au propos. Cette évolution du vocabulaire est un enrichissement pour la langue.

Mais faire fi de la grammaire la plus élémentaire ne peut conduire, à terme qu’à la disparition de la langue ou, en tout cas, à l’amener à l’état d’une espèce de chiac ou de joual qui, dans un cas comme dans l’autre ne sont pas du Français même s’il est clair qu’ils en sont issus. Les hypothèses justificatives apportées dans l’article par Mmes Marcoux et Beaulieu ont parfois du sens mais pas au point d’en arriver à modifier les principes mêmes d’une langue.

Il est navrant de devoir constater à quel point les jeunes Québécois ne savent plus écrire correctement et retranscrivent en réalité le langage parlé de façon proche de la phonétique. Il est pathétique de voir des mémoires de masters, voire des thèses de Doctorat truffées de fautes (Ah! … les accords de participes passés !). Et pire encore de voir des corrections de professeurs de Français avec des fautes de conjugaisons. Tout cela parce qu’on n’attache pas d’importance à la qualité de l’expression orale. On ne reprend pas un jeune qui parle « d’une avion » ou « d’une oreiller » ou qui écoute les « Journals télévisés ». Comment voulez-vous qu’il écrive correctement ? Et s’il ne sait plus écrire, comment voulez-vous qu’il comprenne ce qu’il lit ?

C’est pas grave ! prétendront ces dames car après tout ce qui est important c’est la langue parlée. D’autant qu’on a de moins en moins besoin d’écrire et de moins en moins besoin de lire, Et puis, l’IA viendra bientôt corriger tout cela!…..

Quelle erreur ! Ce qui perpétue une langue c’est l’écrit. L’écrit en est le Conservatoire et donc sa garantie de pérennité.

Le Français est notre patrimoine transatlantique. Il n‘y aurait pas de nation québécoise sans le Français. Le Français est l’essence même du Québec. Il faut soigner notre langue, la bichonner. Oui, il faut la faire évoluer en l’enrichissant constamment de nouvelles expressions, mais ne touchons pas à sa structure. Le jour où le Français deviendra minoritaire parce que nous l’aurons laissé se dégrader et ne lui aurons pas apporté tout l’amour qu’il mérite, ce jour là, le Québec aura perdu son âme et sa raison d’être une Nation.

Philippe J. Balayer

24 juin 2025

(Fête Nationale du Québec)

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